Libre opinion
Accompagner le changement :
de la résistance à l'endurance
« Ce qui crée le changement ou le mouvement est ce qui ne change pas » (Aristote)
Tous les systèmes vivants ont une double tendance à la pérennité et à l'adaptation évolutive. Ils aspirent à la fois à se maintenir et à changer. Néanmoins, pour que l'évolution porteuse ne devienne révolution stérile, tout changement nécessite une base de stabilité - à l'instar de la marche qui est une succession de déséquilibres à partir de points d'appui. Et il en va de même pour l'homme en mouvement : il a besoin de repères pour oser la réforme.
Comprendre l'inertie
Or l'entreprise nous demande d'accompagner ses salariés au changement. Mais quelle stabilité leur offre-t-elle pour cela ? La plupart du temps, la résistance au changement constitue justement un signal que le système n'a pas pris en compte le besoin de stabilité de ses composantes. Si l'entreprise ne lui propose pas de points d'appui, le salarié ira la chercher ailleurs : soit à travers un repli sur sa vie privée, qui sera vécu comme un manque d'engagement ou une marque de démotivation, soit en acceptant une offre concurrente plus attractive en ce sens.
Certes, la difficulté réside souvent dans la détermination et l'activation des ressorts sur lesquels il est possible de s'appuyer pour avancer vers le changement. Mais si l'entreprise se donnait les moyens d'identifier avec le salarié ces repères, points-clés du changement ?
De la crise de confiance à la prise d'assurance
Rassuré, le salarié peut en effet accepter et endosser la nouveauté. On constate alors qu'il s'avère une audacieuse force de proposition et un relais efficace des nouvelles orientations. Au lieu de subir plus ou moins bien le changement, il en devient lui-même un acteur majeur.
En participant à la prise de conscience de ses ressources personnelles, l'entreprise constitue pour son employé un lieu de création ou d'approfondissement de son assise intérieure : elle développe et alimente sa capacité à affronter la nouveauté et à en tirer profit. En favorisant chez lui la reconnaissance de son potentiel et la prise de confiance en soi, l'entreprise permet une forme d'adéquation entre sa stratégie propre et la vision du salarié. Conscient et satisfait de ses points d'ancrage, ce dernier aborde avec davantage de souplesse les inéluctables transformations d'un monde d'interactions.
C'est ainsi que la résistance au changement, source de blocage et d'usure, cèdera le pas en douceur à une forme d'endurance dans l'adaptabilité, gage de dynamisme et de renouveau.
Christophe MAUBOUSSIN,
Directeur associé de Value Action.